Mission belge Antarctique 2018

Catégorie : Vie quotidienne en Antarctique (Page 1 of 2)

Lorsque vous êtes à la station Princess Elisabeth, où se trouve l’épicerie la plus proche?

Il n’y a pas d’habitant permanent en Antarctique. La majorité des visiteurs vient en été. Certains scientifiques passent l’hiver dans les stations, mais ils restent rarement plus d’un an.

Par conséquent, il n’y a pas de village, pas de supermarché, pas de centre commercial. Toutes les marchandises doivent être transportées par avion ou par bateau depuis les plus basses latitudes. Cela signifie que si vous oubliez quelque chose ou si vous avez besoin d’un produit très spécifique qui n’est pas disponible dans la station, la livraison peut prendre un certain temps.

Imaginez que vous vouliez des fraises mais cela ne fait pas partie du stock de la station. Vous pouvez chercher le marchand de légumes le plus proche dans votre moteur de recherche préféré sur Internet et vérifier la distance. Bien sûr, le même exercice peut être fait avec tout autre produit de votre choix.

Il y a quelques petites îles au nord de la station Princess Elisabeth, comme l’île Bouvet, située à 2100 km seulement, mais elles ne sont pas célèbres pour leurs offres de shopping. Les îles Orcades du Sud, à 3000 km, ont selon Wikipedia une population d’environ 55 personnes en été et de 14 en hiver, mais cela correspond aussi à des scientifiques dans des stations de recherche.

L’Australie est vraiment loin. L’île de Kerguelen est à 3400 km. Cependant, je n’ai pas pu y trouver de magasin sympa sur Internet. Les Malouines sont peut-être une meilleure option, mais la distance est quand même d’environ 3 800 km. Ushuaia en Argentine est à 4000 km. Enfin, Le Cap en Afrique du Sud est à 4200 km de distance. Dans tous les cas, il est préférable de bien organiser ses bagages avant de partir!

Image F. Klein.

Qu’entend-on en Antarctique ?

La première chose est généralement le vent.

A certains endroits, vous pouvez entendre le groupe électrogène qui alimente la station ou une moto neige mais il y a assez d’espace pour éviter ces zones. La station Princesse Elisabeth est plus calme que les autres bases car l’électricité est produite par des éoliennes et des panneaux solaires.

La glace elle –même bouge si lentement que vous ne l’entendez pas du tout si vous êtes loin de crevasses et de falaises de glace au bord de la mer. Et encore, dans ces régions le bruit peut être assourdissant mais n’a lieu que lors d’un mouvement important ou d’une chute de glace dans la mer.

C’est assez différent de la glace de mer qui flotte à la surface des océans et se déplace beaucoup plus rapidement. Elle peut de fracturer sous l‘effet du vent ou créer des crêtes de compression, ‘jouant’ une musique complexe et parfois inquiétante.

Vos pas dans la glace fond aussi un son de craquement caractéristique.

Comme il n’y a pratiquement pas de vie en dehors de la côte, on entend aucun oiseau chanter ou mouche voler.

En fait, si vous êtes loin des bâtiments et que vous restez sans bouger un jour sans vent, vous n’entendez rien du tout. Cela donne un sentiment assez impressionnant.

Que boit on en Antarctique ?

Par Hugues Goosse

En pratique, on boit de la neige fondue. A la station princesse Elisabeth, la neige est collectée dans ce qui ressemble à un gigantesque frigo. Il inclut un résistance thermique alimentée par les panneaux solaires et les éoliennes. La neige est fondue et filtrée avant d’être utilisée dans la cuisine et les salles de bain.

Il y a assez de neige partout mais la zone où la neige est collectée pour la boire est protégée pour éviter toute contamination.

Sur le terrain, le fonctionnement est le même mais à une plus petite échelle. Nous n’avons pas de bulldozer pour transporter la neige. Quand le réservoir est vide, nous devons donc utiliser nos pelles pour le remplir.

L’eau de fonte a une très faible contenu en minéraux. Le goût n’est pas exceptionnel mais est assez proche de celui de certaines eaux de source qui elles aussi contiennent peu de minéraux. Certains préfèrent donc ajouter un peu de sel ou du sirop.

Le récipient contenant la neige qui va être fondue pour obtenir l’eau qui sera bue. Les palettes de bois donne une idée de la taille du récipient.

L’alcool n’est jamais recommandé pour votre santé mais vous devez faire particulièrement attention ici. L’alcool vous donne un sentiment de chaleur alors qu’il contribue à refroidir plus rapidement votre corps et augmente le risque de problèmes liés au froid.

De plus, être soul peut être particulièrement dangereux dans un environnement potentiellement hostile. A la station Princesse Elisabeth, il y a donc un grand stock de bières sans alcool.

Le remplissage du récipient contenant la neige pour le camp.

Cela n’a pas empêché les explorateurs d’emmener de l’alcool dans leurs expéditions. Par exemple, Shackleton a commandé 25 tonneaux de MacKinlays rare old highland malt whisky en 1907 pour son expédition. La distillerie a réédité le blend il y a quelques années et vous pouvez encore probablement le trouver. Très intéressant d’un point de vue historique !

De l’alcool peut aussi être servi pour des occasions spéciales, mais cela sera pour un autre billet…

Quelle loi s’applique en Antarctique?

Par Hugues Goosse

Lorsque nous avons pris l’avion pour l’Antarctique, nous avons traversé la frontière au Cap mais aucune frontière à Novolazarevskaya ou à la station Princess Elisabeth. Les lecteurs ayant une fibre juridique peuvent alors se demander quelles lois s’appliquent dans cette «zone internationale»?

Cela est officiellement régi par le traité Antarctique. Cependant, la situation est complexe et peut varier d’un pays à l’autre et d’une région à l’autre de l’Antarctique. Nous allons donc uniquement nous concentrer sur notre campagne.

Le panneau d’affichage annonçant notre vol pour l’Antarctique.

Pour aller en Antarctique, vous devez recevoir un permis. Ce permis comprend une évaluation de l’impact du voyage sur l’environnement. Vous ne pouvez pas simplement vous déplacer où vous voulez.

Notre permis a été délivré par le gouvernement belge. La Belgique considère de manière générale que ses lois s’appliquent en Antarctique à tous ceux qui reçoivent un permis de la Belgique. Par conséquent, ce sont exactement les mêmes règles juridiques que chez nous, avec quelques spécificités supplémentaires afin de protéger l’environnement antarctique.

Pour plus d’informations :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_sur_l%27Antarctique

https://antarcticstories.eu/wp-content/uploads/2018/11/Nature-Edito_Reform_the_Antarctic_Treaty.pdf

https://en.wikipedia.org/wiki/Protocol_on_Environmental_Protection_to_the_Antarctic_Treaty

http://www.ejustice.just.fgov.be/cgi/article.pl?language=fr&caller=summary&pub_date=2017-07-28&numac=2017030733#top

Qu’est-ce qui nous manquera le plus en quittant l’Antarctique ?

Par Hugues Goosse

Comme mentionné dans le billet précédent, nous serons très contents de retrouver notre vie ‘normale’ après notre séjour en Antarctique pour de nombreuses raisons. Nous ne quitterons cependant pas le continent blanc sans un petit pincement au cœur.

L’environnement exceptionnel marque forcément les personnes qui ont la chance de pouvoir séjourner ici. Nous avons réalisé nos objectifs et profité des moments qui nous étaient offerts. Nous avons nos souvenirs et les photos mais rien ne remplace vraiment la vision directe, dans toutes les directions, pour apprécier la grandeur du paysage.

L’air pur et la lumière pendant 24h créent un contraste fort avec les longues nuits de nos hivers européens. D’ailleurs, il n’y avait pas de système d’éclairage dans les containers qui nous servaient de cuisine et de salle de bain puisqu’ils ne sont utilisés que l’été.  Nous sommes donc restés plusieurs semaines sans utiliser un interrupteur pour allumer ou éteindre la lumière !

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Qu’est-ce qui nous a manqué le plus en Antarctique ?

Par Hugues Goosse

Notre mission touche à sa fin, même si le trajet de retour peut encore être long. Après le billet consacré à la fin de la collecte des données et le retour à la station Princesse Elisabeth, celui-ci porte sur ce qui nous a manqué le plus durant ces sept semaines.

Le premier point est sans conteste notre famille et nos proches. Nous connaissions tous avant de partir les conditions et la durée du voyage. Je pense qu’aucun d’entre nous n’a vraiment été malheureux à cause de la séparation mais il suffisait de voir le visage rayonnant de ceux qui venaient de recevoir un mail ou de téléphoner à la famille pour savoir au combien ils nous manquaient.

Un deuxième élément est la nourriture. Même si nous avons mangés de très bon plats surgelés, nous rêvons tous de produits frais, de certains fruits, de crudités, de viande ou de poisson grillés. Chacun a aussi sont petit plaisir personnel qu’il ou elle retrouvera avec joie au retour, que ce soit des frites, un pain au chocolat, des chips ou son yogourt préféré.

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Comment trouver son chemin en Antarctique?

Par Hugues Goosse and Sainan Sun

Les seules routes en Antarctique sont les chemins tracés par le passage des chasse-neige, tracteurs ou des moto neiges. Même si ils sont parfois indiqués par des piquets, ils sont souvent recouverts par la neige.

Bien sûr, aucun panneau indicateur ne vous donne la direction. En dehors des endroits fréquentés, comme entre une base et sa piste d’atterrissage, vous ne devez donc pas trop compter sur eux.

La topographie est souvent assez plate. Aucun bâtiment ou changement de végétation ne peut vous servir de point de repère pour trouver votre chemin.

Le chemin suivi par les chasse-neiges au départ de la base aérienne de Novo

Le chemin suivi par les chasse-neiges au départ de la base aérienne de Novo

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Des vagues à la surface de la neige

Par Hugues Goosse

Beaucoup d’endroits en Antarctique apparaissent relativement plats, comme dans le voisinage du promontoire de glace où est situé notre camp, ou sur le plateau central de l’Antarctique.

Ce n’est pas nécessairement dû au fait que le socle rocheux est lui-même peu accidenté mais parce que la neige recouvre tout sur plusieurs centaines voire plusieurs milliers de mètres. Seuls les pics les plus élevés de la région peuvent dépasser, comme au voisinage de la station Princesse Elisabeth.

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Un jour dans la vie d’une équipe de forage de glace en Antarctique

Ecrit par Sarah Wauthy

Maintenant que nous sommes bien installés au site principal où a lieu le forage, il est temps de vous expliquer comment se passe une journée typique chez nous. Vous êtes curieux n’est-ce pas ?

Pour commencer, notre journée dépend de « l’équipe » à laquelle on appartient car nous sommes séparés en deux groupes. Non, je ne vous parle pas ici d’un match de football !

Pour en revenir à notre organisation, le premier groupe se lève aux alentours de 7h pour un petit-déjeuner collectif à 7h30 suivi d’une journée de travail de 8h à 20h avec une pause lunch d’environ une heure vers 12h30. Ce premier groupe est constitué de Nander, Sainan, Hugues et Christophe (notre guide).

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Bienvenue dans le mode de l’ETISOL !

 

Par Jean-Louis Tison

Bonjour à tous !… Aujourd’hui, des échos frais de la tente de forage, pour vous en dire un peu plus sur la « seconde phase » du processus, où nous nous sommes vus obligés de basculer vers un mode de forage en « phase liquide ».

Comme mentionné dans une de mes précédentes missives, à partir d’une profondeur de 90-100m, peu après que la transformation de neige (densité de 0.5 g/cm3) en névé (densité 0.5-0.82 g/cm3) puis en glace (densité 0.82-0.92 g/cm3) se soit accomplie, la différence de pression entre la glace environnante et la colonne d’air dans le trou de sondage « à sec » devient trop importante.

Les chocs mécaniques de la coupe de la tête de forage produisent de la glace en petits disques de quelques centimètres d’épaisseur qui rendent l’analyse ultérieure extrêmement ardue, voire impossible dans certains cas (analyse de la composition en gaz par exemple, du fait de la contamination par l’atmosphère actuelle le long des fractures).

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